L’Estaque, au fil de l’eau

Par une somptueuse journée ensoleillée, nous fûmes cinq amis qui se retrouvèrent au port de l’Estaque, à deux pas des célèbres Chichis Frégis. Bien que la tentation fut imposante, plutôt que de progresser vers la terre, nous nous tournâmes, résolus, vers la mer.

Ce bateau, un magnifique Beneteau de douze mètres, était prêt à larguer les amarres. Ce qui fut fait. Une fois installés, le navigateur démarra le moteur afin de sortir du port.

Le temps était au beau fixe, tant mieux ! Mais il y avait pétole : un voilier sans vent, si vous préférez.

Nous avancions désormais à hauteur du Rove.

Une énorme rencontre. Le « Kristin C » nous parut pour le moins imposant. Ce cargo polyvalent de 107 mètres a été construit en 2010 et navigue actuellement sous le pavillon de Portugal (Madeira). [www.vesselfinder.com] Fort heureusement ce gigantesque vaisseau se révéla incommensurablement plus rapide que nous et, par voie de conséquence, aucune collision ne fut à déplorer.

Parvenus à la hauteur d’Ensuès-la-Redonne, après un peu plus de deux heures de navigation, nous décidâmes de jeter l’ancre, avec trois longueurs de chaîne, surtout (davantage, en cas de mer chargée).

Après un apéritif digne des plus féroces loups de mer, un pique-nique pantagruélique s’en suivit. Avec un décor des plus magnifiques. Trois cent soixante degrés d’une beauté rare, impressionnante, indescriptible.

L’horizon omniprésent nous rappela l’existence d’une croyance selon laquelle la Terre serait plate. Après quelques recherches, il s’avère tout de même qu’un Français sur dix est persuadé que la Terre serait ainsi. Aux États-Unis ils sont près de douze millions. Attention de ne pas glisser de l’autre côté de l’horizon…

Une baignade délicieuse s’en suivit, douceur, porté par les flots, oubliant la réalité, rêver.

Adieu pétole ! C’est dans l’allégresse générale que le vent se leva, en début d’après-midi ! Toutes voiles dehors ! La grand-voile et le génois furent libérées. Quel spectacle ! Le navire glissa majestueusement sur les flots, longtemps à une vitesse équivalentes à 4 noeuds ou un peu plus. Un nœud ou, autrement dit, un mille nautique par heure, représentait environ 1,8 km/h.

Parvenus à hauteur des Îles du Frioul, et, plus encore, lors de notre retour vers le port de l’Estaque, cette vitesse grimpa nettement, jusqu’à 7,5 noeuds, soient près de 13,5 km/h.

Au loin, la Bonne-Mère…

Portés par le vent, nous mîmes le cap vers le port de l’Estaque, afin de boucler la boucle. Après huit bonnes heures de navigation passionnantes. Merci au capitaine, intarissable, à bien des égards : aucune information maritime, technique ou historique ne semblait lui échapper. Et quel humour !

Une journée que nous n’oublierons pas de sitôt. Quelle découverte !

Quel bonheur d’avoir vécu une telle expérience, entre amis.

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame. »

Charles Baudelaire
L’Homme et la Mer
(Extrait, Les Fleurs du Mal, 1857)

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