Un joli conte de Thanksgiving

Chaque dernier jeudi du mois novembre, dans la plupart des foyers américains, est célébrée la fête de Thanksgiving. Au menu, ce soir-là : l’incontournable dinde, rôtie et farcie, accompagnée de patates douces, ou de purée de pommes de terre, sans oublier la sauce canneberge, ni une énorme mystification.

Depuis fort, fort longtemps, il est, en effet, enseigné dans les écoles des USA, l’histoire fondatrice de la tradition qui sera perpétuée jusqu’à nos jours : 

En 1621, après avoir manqué de mourir de faim, les pèlerins du Mayflower furent recueillis par des Indiens qui vivaient là. Ces derniers leur transmirent leurs connaissances dans des domaines tels que la chasse, l’agronomie, la pêche, etc. Au point que les pèlerins produisirent ensuite une magnifique récolte.

Pour remercier les Indiens, le gouverneur de la baie du Massachusetts, William Bradford, organisa une fête en leur honneur. 

Mais la réalité historique diffère légèrement de cette belle histoire.

Je me souvenais avoir lu, dans l’un des premiers numéros de la formidable revue « America », un article éclairant sur cette forme de mystification qui est toujours pratiquée aujourd’hui et – effectivement – toujours enseignée aux petits américains dans les écoles. 

Je repris donc toute ma collection de revues « America » et, m’armant de patience, je feuilletais chaque numéro, en parcourant les différents textes, tous plus passionnants les uns que les autres. Ce fut dans le numéro 4 qu’enfin je touchais au but. Il s’agissait, en fait, d’un récit de l’écrivain américain Benjamin Whitmer, intitulé « L’Histoire Interdite », que j’eus un immense plaisir à retrouver. 

Voici, ci-dessous, en guise d’illustration de mes propos, quelques lignes tirées de cet article qui compte une bonne quinzaine de pages passionnantes qui méritent d’être lues afin d’appréhender à sa juste valeur cette Amérique qui a un « long passé d’usurpation de l’identité de ses victimes pour en créer de nouvelles »… 

« En mai 1637, un marchand local fut tué. Or, personne ne savait qui l’avait tué. Les pèlerins nourrissaient quelques griefs à l’égard de la tribu des Pequots et décidèrent que c’étaient eux les responsables. Alors ils lancèrent une attaque contre leur principal village, près de la Mystic River. Sous le commandement du capitaine John Mason, ils encerclèrent le village l’incendièrent et abattirent quiconque tentait de s’en échapper. 

Cinq personnes avaient survécu. Les pèlerins passèrent l’année suivante à les traquer, eux et tout autre Indien Pequot qui aurait pu se trouver hors du village lors de l’attaque. (…) Ensuite, les pèlerins se mirent en devoir d’éradiquer intégralement la tribu des Pequots. Ils déclarèrent que tout Indien réputé appartenir à cette tribu, serait exécuté sur-le-champ. (…)

L’extermination des Pequots : voilà ce qui mena à la première célébration de Thanksgiving américain. Le lendemain du Mystic Massacre, le gouverneur William Bradford décréta une « journée d’actions de grâce dans toutes nos églises, pour célébrer notre victoire sur les Pequots ».

C’est cela, et non la fête de 1621, qui constitua la première proclamation de Thanksgiving en Amérique. » (1)

Qui, ce soir, en Amérique, aura une petite pensée pour le massacre de Mystic River, en reprenant de la dinde rôtie et farcie, avec sa purée de pommes de terre et sa sauce canneberge ?

Note :

(1) Revue America, numéro 4, p. 89, hiver 2018 (america-mag.com)

Connaissez-vous la « rue du 22 novembre », à Strasbourg ?

Combien de plaques, indiquant des noms de rues avec des dates, croisons-nous dans nos villes ? Il en est une qui ne quittera jamais ma mémoire. Celle qui se trouve à Strasbourg, ville si chère à mon cœur. Je veux parler de la « rue du 22 novembre ».

Celle-ci célèbre la Libération de Strasbourg, en 1918, réalisée par la Quatrième Armée française menée par le général Henri Gouraud. Les troupes arrivèrent par cette rue, appelée à l’époque Neue Strasse « rue Neuve ». Les fenêtres de toutes les maisons étaient décorées de drapeaux tricolores. Une liesse indescriptible avait gagné la population. Rendez-vous compte : depuis près d’un demi-siècle, quarante-huit ans précisément, l’Alsace fut allemande. Capitale du Reichsland Elsass-Lothringen (Alsace-Lorraine). (1)

Poincaré et Clémenceau avaient été accueillis en Alsace et en Lorraine début décembre pour préparer le retour de ces terres à la France – retour qui fut acté dans le traité de Versailles. L’Alsace et la Lorraine redevinrent françaises, tout en conservant un régime juridique particulier (que l’on appelle le Droit Local) et ce territoire fut partagé en trois départements : la Moselle, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. 

En 1919, la Rue Neuve fut rebaptisée « Rue du 22 novembre », en mémoire de ce haut fait. 

Il s’en fallut de très peu pour qu’en 1944, cette fois, la ville de Strasbourg ne fût libérée à nouveau un 22 novembre. Cette libération a eu lieu le 23 novembre 1944. En voici un petit rappel :

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, près de six mois après le Débarquement des Alliés en Normandie, la Deuxième Division Blindée, commandée par le général Philippe Leclerc, pénétra dans la ville. En premier lieu, le Sixième Corps d’armée Américain fût chargé de cette opération. Mais il n’était pas prêt à ce moment. Le général Leclerc reçut donc l’ordre d’aller libérer Strasbourg. 

C’est ainsi qu’à 7 h 00, le 23 novembre 1944, la 2DB de Leclerc se mit en marche vers Strasbourg, en cinq colonnes. Des Maquisards alsaciens servaient de guides. Rencontrant différentes poches de résistance, les hommes de la 2DB purent compter sur la connaissance parfaite du terrain des FFI alsaciens qui les sortirent des difficultés et permirent aux libérateurs de faire leur entrée dans Strasbourg. (2) Une partie de la 2DB poursuivit jusqu’au Pont de Kehl, tandis que les autres colonnes fondirent sur la ville.

Notre rue du 22 novembre s’appelait à cette époque — depuis 1940 précisément — « Strasse des 19. Juni », rue du 19 juin (en référence à l’arrivée des troupes allemandes dans Strasbourg).

À Strasbourg, personne ne semblait s’y attendre. Ni les Français, ni les Allemands. Les chars dévalèrent les rues, tandis que certains de ces derniers parvinrent à s’enfuir en Allemagne (profitant de la frontière relativement proche). 

Un Allemand se promenait à cheval, dans les rues de Strasbourg, comme chaque matin depuis si longtemps. Il appréciait le calme de ce moment de la journée, lorsque tout paraissait encore endormi, apaisé. Instant bucolique. Tout à coup, il se retrouva, en un clin d’œil, entouré de cinq chars Sherman assourdissants. Le cavalier eut du mal à maîtriser sa monture, effrayée par ce vacarme soudain. L’Allemand mit finalement, non sans mal, pied à terre. Autant subjugué que son animal, il sera arrêté sur le champ. Les hommes de la 2DB venaient de capturer rien de moins que le chef d’état-major du général Vaterrodt, commandant la place de Strasbourg !

Le drapeau de la France flottera sur la Cathédrale de Strasbourg à 14 h 20. « Le 23 novembre 1944 à 14 h 20, Emilienne Lorentz, tient, avec son mari, une boucherie place Saint-Etienne. Elle coud à la demande des soldats, un drapeau dans un morceau de drap blanc partiellement teint en bleu de méthylène et y ajoute un bout de l’étendard nazi rouge. Ce drapeau improvisé est ensuite hissé au sommet de la cathédrale par Maurice Lebrun, pilote de char du 1er Régiment de Marche des Spahis Marocains. Le général Leclerc et ses hommes de la 2e DB venaient de réaliser le serment qu’ils avaient prêté à Koufra, en mars 1941. » (3) Pour mémoire, le serment prononcé après la bataille de Koufra du 2 mars 1941 disait : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Tel fut le serment que prêta le colonel Leclerc avec ses hommes et qui restera dans la postérité comme étant le « serment de Koufra ».

Mais la tranquillité ne revint pas pour autant, dans les rues et les environs. Des milliers d’Allemands capturés plus tard, l’ancien maire Charles Frey reprit ses fonctions le 27 novembre et le général de Gaulle avait nommé Charles Blondel commissaire de la République ainsi que Gaston Haellig, préfet. 

Mais ce ne fut qu’en janvier 1945 que la ville retrouva un certain calme, qui sera parfois troublé par des tirs d’artillerie qui se prolongeront jusqu’en mai 1945…

Revenons un instant en 1910. La rue du 22 novembre telle que nous la connaissons n’existait pas encore. Car de nombreuses maisons alsaciennes, en tous points semblables à celles que l’on peut admirer de nos jours dans le charmant quartier de la Petite France, se trouvaient à cet endroit. En 1910, donc, fut réalisée une « grande percée », faisant peu cas des demeures pittoresques, qui furent détruites, pour des motifs liés à la sécurité et à la propreté, avait-on dit, en ce temps-là. Les habitants furent relogés dans un quartier différent.


C’est ainsi qu’une petite plaque indiquant la dénomination d’une rue peut nous projeter dans les courants d’une Histoire qui démontre combien l’Alsace a été ballottée au gré des soubresauts internationaux. Devenue aujourd’hui capitale de l’Europe, elle a su traverser les époques, parfois théâtre de drames terribles, parfois exprimant une joie à nulle autre pareille. Et l’on comprend, avec un tel passé, combien personne ne peut tenter de gommer la dimension réelle de cette région, comme ce fut le cas avec la création malheureuse du vocable « Grand Est », sans grand relief, aseptisé, d’où le nom « Alsace » n’apparaissait même plus. 

Des voix s’étaient alors élevées. Des crêpes noirs surgirent sur de nombreux panneaux de villes et villages alsaciens. Des autocollants « Alsace » furent apposés en masse sur l’emplacement « Grand Est » des plaques d’immatriculation (il n’y a pas de petite révolte) ;o). Et l’on put compter sur l’opiniâtreté des Alsaciens qui obtinrent qu’en 2021 soit créée la Collectivité européenne d’Alsace, qui restera néanmoins dans la région Grand Est. 

Mais ceci sera une autre histoire. Une histoire nouvelle pour notre belle Alsace qui poursuit sa route vers une destinée inédite, et dont les racines plongent en l’an 740. A cette époque, le terme en langue romane « Alisatia » désignait un duché mérovingien éphémère – situé dans le nord de l’Alsace actuelle – qui, bien que dissous par Charles Martel, était déjà devenu une principauté puissante. Déjà… 


Prenez bien soin de vous, amies lectrices et amis lecteurs.

Notes :

(1) Strasbourg Magazine numéro 197. 

(2) « La Lettre de la Fondation de la Résistance » n° 85, juin 2016, p. IV. Téléchargement.

(3) Site des Musées de Strasbourg (consulté le 22 novembre 2020).

Mes premières années

Il y a exactement trente-sept ans, aujourd’hui 20 octobre 2020, par un petit matin endormi, les ténèbres de la nuit persistaient encore, semblant retenir encore les premières lueurs du jour à venir, je poussais la lourde porte de cet imposant édifice que l’on appelait jadis « Ecole Normale d’Instituteurs ».

Cet accès à l’Ecole Normale représentait alors une immense victoire après tant d’épreuves et de doutes. Juste avant l’été précédent, le Baccalauréat en poche, je me souviens très bien avoir recherché dans l’annuaire (nous étions alors très loin d’internet et de Google) et je trouvais l’adresse de l’Inspection Académique de Strasbourg (j’ai en effet d’abord vécu en Alsace, où je suis né : à Strasbourg, pour être précis – voilà la raison de cette image d’en-tête – avant de gagner le sud, où je me trouve actuellement, bien des années plus tard). J’avais téléphoné à cette Inspection Académique et l’on m’avait expliqué toute la marche à suivre pour entrer dans la grande famille de l’Education Nationale (comme cela m’avait été dit). Première pierre : le dossier d’inscription qui me parvint quelques jours plus tard, que je remplis avec entrain, y joignant, entre autres, les justificatifs relatifs à mon Baccalauréat, diplôme demandé à l’époque pour ce concours.

Durant le mois de septembre, avaient eu lieu les épreuves du concours d’entrée à l’Education Nationale. J’avais reçu ma convocation pour la première d’entre-elles qui allait se dérouler à l’Université de Strasbourg. J’avais déjà raconté cet événement, il y a huit ans, dans cet article : https://www.laurentkarouby.net/2012/10/20/encore-un-anniversaire/.

Lorsque j’arrivais à cette Ecole Normale d’Instituteurs de Sélestat, après en avoir poussé la porte, donc, je me retrouvais dans la pénombre d’un long couloir peu éclairé, qui se dressait devant moi. Je le revois parfaitement. Sur la droite, formant comme une bordure, de petites tables où l’on pouvait s’inscrire, au fur et à mesure de notre progression. Il y avait là, la MAIF, la CAMIF, la MGEN, etc. La grande famille de l’Education Nationale en quelques tables.

C’est que l’événement était à la hauteur de mes espérances : je n’avais alors pas encore vingt ans, et j’allais toucher mes premières payes ! En ma toute nouvelle qualité d’élève-instituteur. J’entrais alors de plain-pied, mais mes jeunes années ne me permettaient pas d’en avoir pleinement conscience, dans ma vie professionnelle.

Cette carrière que j’allais consacrer intégralement à l’enfance en difficulté, après un passage très marquant dans l’Etablissement Oberlin, à Schirmeck – La Broque, dans la charmante vallée de la Bruche : mon tout premier poste, obtenu après les trois ans passés à l’Ecole Normale. Les enfants y étaient placés par décision de Justice. Ce fut dur. Très difficile (d’autant qu’en trois ans de formation, je ne me souvenais pas avoir entendu parler de ce type d’établissement). Oui, ce fut dur et difficile, mais tellement passionnant et enrichissant ! L’équipe de cet Etablissement Oberlin était formidable. Je me sentais soutenu comme jamais. Et j’avais obtenu une certitude : j’avais enfin trouvé ce que je voulais faire, dans ce métier ! C’était comme une évidence.

Lors de ma deuxième année à Oberlin (j’étais alors loin de pouvoir être titulaire avec mes deux petites années d’enseignement : je ne faisais que des remplacements), les collègues me permirent de voir un Inspecteur spécialisé, dont l’établissement Oberlin dépendait. Ils lui avaient préalablement parlé de moi, allais-je apprendre plus tard. Car il était si rare de vouloir persister dans cette voie spécialisée. L’Inspecteur me proposa un entretien, quelques jours après, dans son bureau, à Strasbourg.

C’est ainsi, ce jour-là, que durant près de trois heures, j’exposais ma (toute) petite expérience, plus passionné que jamais. A l’issue de notre entretien, l’Inspecteur m’annonça qu’il m’inscrivait au stage de formation, pour devenir instituteur spécialisé, qui se déroulerait durant toute l’année suivante à Strasbourg, au Centre Régional de Formation des Maîtres de l’Adaptation et Intégration Scolaires (CRFMAIS, en version courte).

L’année suivante, donc, ma troisième, j’allais vivre un enseignement de premier plan. L’Ecole Normale n’était pas loin. Et ça n’avait rien à voir. Petite parenthèse en lien avec cette formation : l’Inspecteur m’avait précisé qu’on y avait accès normalement après cinq ans d’exercice. J’étais heureux d’avoir pu y participer avant. Nous avions des professeurs passionnants, et des intervenants de même dimension : des psychologues, des psychiatres, des pédopsychiatres et autres spécialistes plus intéressants les uns que les autres. Ce fut réellement une formation extraordinaire. Durant l’année, nous avions même pu partir à Tignes l’hiver pour faire du ski, et au Lac d’Annecy au printemps, pour faire de la spéléologie et d’autres choses. La fin de l’année de profilait. Et, dois-je préciser : j’avais été surpris par les examens terminaux. Jugez plutôt. Deux dissertations : une au sujet de l’enfance en difficulté, en général, l’autre en rapport avec notre spécialité (j’avais choisi l’option E : l’Aide à dominante pédagogique, dans les écoles. D’autres avaient préféré l’option F, en vue de travailler en SEGPA (Sections d’enseignement général et professionnel adapté), dans les collèges). Ces deux dissertations passées, nous avions subi deux ou trois oraux (sujets tirés au sort). Puis nous terminions avec une soutenance de mémoire, que j’avais constitué tout au long de l’année auprès d’une élève, dans une école que je retrouverais plus tard, dans ma carrière. Visiblement la sélection fut sévère, car près d’un tiers de l’effectif allait échouer.

L’année suivante, ma quatrième, fort de mon examen théorique, j’avais été nommé dans une classe d’adaptation, poste qui était vacant, dans une école élémentaire. Mon inspection de titularisation (l’examen pratique) allait arriver rapidement. Ce jour-là, j’avais une petite dizaine d’élèves et le jury devait être au moins aussi nombreux. Il était présidé par l’Inspecteur spécialisé grâce auquel j’avais pu accéder à la formation. A ses côtés se trouvait l’Inspecteur de la circonscription dans laquelle je me trouvais. Les autres personnes étaient des enseignants spécialisés. Ma séance s’était déroulée plus ou moins bien, comme toujours en pareille circonstance. Arriva le moment où l’on me demanda de sortir. J’errais alors dans le couloir. Le jury délibérait. Cela n’avait pas duré bien longtemps. Car la porte s’ouvrit soudain, puis je vis sortir l’Inspecteur spécialisé que me dit ces mots qui résonnent toujours à mes oreilles : « Bienvenue dans la grande famille de l’AIS ». Il me serra longuement la main, souriant. J’étais ému. Tous les autres membres du jury firent pareil. Je n’allais jamais oublier cette journée très spéciale. J’avais alors obtenu le diplôme professionnel intitulé CAAPSAIS (Certificat d’aptitude aux actions pédagogiques spécialisées d’adaptation et d’intégration scolaires).

Je voudrais rendre ici hommage à l’inspecteur spécialisé grâce auquel j’ai pu entrer dans l’enseignement spécialisé : monsieur Jean-Marie GILLIG ; ainsi qu’à l’Inspecteur de circonscription qui m’avait si bien accueilli et si magnifiquement accompagné durant mes premières années : monsieur Jean KRIEGER. Je ne les remercierai jamais assez pour leur confiance et leurs conseils. Je ne les oublierai jamais.

Mes premières années.

C’était il y a quelques temps.

C’était hier.

Sainte-Sophie

Il me revient à l’esprit un cours d’histoire, datant de mes années au collège – ce devait être en 5ème, si mes souvenirs sont bons.

Ce cours est resté gravé dans ma mémoire, grâce au professeur, dont je ne me souviens plus du nom, malheureusement. Il était de ceux qui parvenaient à nous passionner par son érudition, par la clarté de ses propos et la richesse des explications qu’il nous apportait.

Ce jour-là, il nous avait parlé de l’empereur Justinien, plus grand empereur de l’Empire byzantin. Il nous avait narré son histoire qui nous avait fait tant rêver, les yeux fixés sur ces grandes cartes murales d’alors.

L’un des points qui furent développés par notre professeur concernait la basilique Sainte-Sophie, située à Constantinople. Car après sa destruction, à la suite d’émeutes, elle fut reconstruite par notre empereur Justinien, qui posa, d’ailleurs, en personne, la première pierre. 

Cela se passait en 532. Il y a 1488 ans de cela. Observons de plus près la trajectoire incroyable de cet édifice si particulier.

Au cours de son existence, cette basilique ne souffrit pas uniquement de la folie des hommes, elle dut affronter des incendies, puis également – et surtout – plusieurs séismes, souvent meurtriers. L’un d’eux détruisit totalement le dôme central. Mais l’église fut reconstruite à chaque fois. 

Elle fut le siège du patriarche orthodoxe de Constantinople.

Plus tard, lors des croisades, l’église fut pillée par les croisés. Elle devint le siège du patriarche latin de Constantinople. 

Quelques séismes plus tard, les Byzantins reprirent la ville. Nous étions en 1261.

Lors de la conquête de Constantinople par les Ottomans, Sainte-Sophie fut transformée en mosquée, en 1453. Mais elle ne fut pas pillée.

Régulièrement, il y eut des restaurations. 

Lors de l’instauration de la république de Turquie, en 1918, Mustafa Kemal Atatürk poursuivit la restauration de l’édifice et, en 1934, il décida de désaffecter le lieu de culte pour « l’offrir à l’humanité ». Sainte-Sophie devint un musée.

Image libre de droits

On a dénombré pas moins de seize séismes, entre 553 et 1999.   

Ainsi, au fil de son Histoire, Sainte-Sophie fut basilique chrétienne, mosquée, puis musée. La folie des hommes ? Parlons-en.

En 2012, un parti islamo-conservateur insista pour que le musée redevienne mosquée. En 2013 l’idée progressa au sein du gouvernement de la même couleur politique dirigé par Recep Tayyip Erdogan. De nombreuses voix s’élevèrent alors dans le monde, pour tenter d’empêcher cet acte assimilé à « un geste de provocation et de division ». 

Las ! Le 10 juillet 2020, le pas a été franchi : Sainte-Sophie de Constantinople, jadis basilique chrétienne, actuel musée et site du patrimoine mondial de l’UNESCO, avant tout symbole de laïcité, deviendra mosquée. Confisquée à l’humanité.

Geste de provocation et de division. 

J’aurais aimé évoquer cet acte avec mon professeur de 5ème.

Mustafa Kemal Atatürk, quant à lui, a dû – une nouvelle fois, sans doute – se retourner dans sa tombe.

Intérieur de Sainte-Sophie – Image libre de droits

Quand nous chanterons le temps des cerises

C’était hier le premier jour du printemps. Dans notre époque curieuse, essayons d’apercevoir cette lumière nouvelle, d’entendre le retour des oiseaux, de sentir les doux parfums de cette nature qui renaît. 

Car oui, quelle drôle d’époque. Le confinement est une situation nouvelle, inconnue. Qui aurait pu imaginer pareille situation même dans ses rêves les plus fous ?

Il est difficile de sortir, alors plongeons dans nos souvenirs du monde d’avant : le printemps, c’est aussi le temps des cerises. Cette immortelle chanson de Jean-Baptiste Clément, qu’il dédicaça à une infirmière inconnue, disparue dans la sanglante Commune de Paris. En voici les premiers vers :

« Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur »

Michel Fugain en a fait une chanson, qu’il nous a rappelée lors de son spectacle, donné très récemment à la Chaudronnerie, à La Ciotat.

La forme de ce spectacle fut bien particulière : une « Causerie musicale ». Voici comment l’artiste lui-même avait imaginé cela :

« 1000 fois j’ai entendu : Vous faites d’abord la musique ou les paroles ? Qu’est-ce qui vous a inspiré cette chanson ? Comment ça vous vient ?  C’est un métier ou un passe-temps ? Un hobbie ?…  Autant de questions qui prouvent la fascination qu’éprouvent les gens qui aiment les chansons, qu’elles soient populaires, engagées ou plus intimes pour cet « art immédiat » et ses mystères.

J’ai donc imaginé ces « CAUSERIES MUSICALES » comme des rencontres conviviales, divertissantes et interactives, illustrées par des chansons, des anecdotes et des réflexions plus profondes car les chansons sont aussi et toujours des marqueurs précis d’une époque et d’une société. »

Quel moment formidable ! Michel Fugain est véritablement un grand artiste. Nous étions si heureux d’avoir assisté à son spectacle, de remonter ainsi à notre enfance, à notre jeunesse…

C’était il n’y a pas si longtemps, mais il me semble déjà que c’était il y a un siècle.

Que ce printemps vous soit lumineux, les amis !

Vertiges

Vous souvenez-vous des sondes Voyager 1 et 2 lancées il y a une quarantaine d’années ?

Eh bien Voyager 1 devrait croiser l’étoile AC+79 3888, dans la constellation de la Girafe, dans 40.000 ans, tandis que Voyager 2 prendrait le cap de Sirius, la plus brillante des étoiles de notre voûte céleste, qu’elle atteindra dans 296.000 ans. 

Bon voyage !…

Liens :

Futura Science : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/exploration-spatiale-sondes-voyager-1-2-fetent-leurs-40-ans-loin-humanite-12685/

Joueurs de Blues

Le 13 octobre, au Silo, nous avons eu l’immense joie d’assister au concert de l’immense Michel JONASZ et son Quartet de Jazz ! Aux côtés du Maître : Manu KATCHE à la batterie et aux percussions, Jean-Yves d’ANGELO au piano et Jérôme REGARD à la contrebasse.

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Shahnourh Varinag Aznavourian, tel était son nom.

Il fallait s’y attendre, bien sûr. On s’y attendait, évidemment. Mais nous avons été saisis par la nouvelle de la disparition de Charles Aznavour comme jamais un tel événement nous aurait marqué : choc immense, profonde tristesse, vive émotion. 

Les hommages ne tarissent pas depuis hier. Quoi de plus normal. De la part d’amis proches jusqu’à des messages du monde entier. Car cet artiste dépassait largement le public français. Le 19 septembre dernier il était encore au Japon pour son « Japan Tour 2018 ». Et le projets ne manquaient pas. Charles Aznavour se projetait dans l’avenir, avec la volonté de ceux qui ont vingt ans.

© Erik Berchot (https://www.facebook.com/erik.berchot)

Ce monument de la chanson semblait à ce point éternel : le temps semblait ne pas avoir de prise sur lui… Très récemment, nous avions appris qu’il passerait en concert à Marseille : il fallait voir et entendre Monsieur Charles Aznavour ! C’est ainsi que le 23 janvier 2018 au Dôme, oui, nous étions là, Béné. Et quel spectacle ! 

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Visites estivales

Ou l’Alsace comme on ne l’avait jamais vue…

Enfin la trêve estivale est arrivée avec le mois d’août tant espéré.

Pour démarrer en douceur – été oblige – le premier jour nous avons visité Obernai, ville si belle, si vivante, si alsacienne !… 

La place centrale de la ville.
Cité toujours vivante, ouverte aux visiteurs.

Le jour suivants nous avons visité Mutzig, d’où est originaire une partie de ma famille, avant d’assister, le soir venu, à une dégustation organisée par Odile Schollaert, gérante de « L’Italie dans un verre » (https://vinsitaliens.jimdo.com/), un moment de qualité, tant sur le plan gustatif qu’humain. Molto Bene !

Un autre soir, nous avons également dégusté de succulentes tartes flambées au restaurant Le Marronnier (https://www.restaurantlemarronnier.fr/), à Stutzheim, dans un magifique cadre boisé.


Après le Bas-Rhin, entrons dans le Haut-Rhin. Le lendemain notre visite fut consacrée au magnifique village de Riquewihr. Son climat particulier a rendu possible la culture de la vigne.

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Irish dream

Il y a peu, nous nous sommes envolés vers l’Irlande. Un rêve de toujours.

Durant ce séjour d’un peu plus d’une semaine, nous avons découvert un pays et un peuple hors du commun.

La pays d’abord. Les trois premiers jours étaient consacrés à la capitale : Dublin. Quelle cité ! Les Pubs typiques, les portes multicolores, la bonne humeur permanente, la célèbre bière Guinness, le délicat whisky Jameson, et j’en oublie !

La journée commençait en général par un petit déjeuner, mais alors quel petit déjeuner ! Un « Full Irish Breakfast », pas moins. Après une telle entrée en matière, nul besoin de déjeuner à midi. En voici un immortalisé (accrochez-vous !).

Voilà…

Ah ! Et la bière… La reine de ce breuvage est bien sûr la Guinness ! Mais il y en a d’autres. Là, nous étions dans un pub de Grafton Street.

En gros plan, c’est impressionnant…

Nous avons immortalisé la tireuse…

La technique est particulière : une pint est soigneusement remplie une première fois, mais elle doit d’abord « reposer ». Après un certain temps, lorsque la pint est passée de la couleur marron clair au marron foncé quasi noir, il est temps de repasser à la tireuse pour remettre légèrement à niveau. C’est prêt !

Un autre jour, nous avons croisé la distillerie Jameson. Place au whisky ! L’adresse : Bow St, Smithfield Village, Dublin 7, Dublin.

15 Merrion Row, à Dublin, nous arrivons dans le célèbre O’Donoghue’s Pub. Une entrée tapissée de photos de groupes de musique traditionnelle irlandaise. Ah, les Dubliners ! Ils ont débuté dans ce pub ! Mais qu’entendions-nous ? A côté de l’entrée, dans une petite salle, avaient pris place quelques musiciens avec leur instrument. Nous nous approchâmes aux premiers accords, aux anges ! Notre premier groupe de musique traditionnelle ! Un régal…

Après trois jours merveilleux à Dublin, départ pour Galway. Traversée de l’Irlande d’est vers l’ouest. Des paysages à couper le souffle. Une mention spéciale pour la station de radio « RTÉ lyric fm » qui a agrémenté nos trajets de la plus belle manière. Merci en particulier à Liz Nolan !

Petite halte au pub McDonagh’s. Un autre groupe de musique traditionnelle irlandaise !

Dans les environs se trouvait le Monastère de Clonmacnoise « (en irlandais Cluain Mhic Nóis), situé dans le Comté d’Offaly au bord du fleuve Shannon au sud de la ville d’Athlone. » (Wikipedia). Un site extraordinaire.

Non loin de là, nous sommes arrivés dans la ville d’Ennis. Passant devant une librairie, nous remarquons un livre relatant la trajectoire d’une héroïne irlandaise méconnue complètement : Mary ELMES, qui sauva des enfants des camps de la mort nazis…

Toujours à Ennis, non loin de la librairie, à l’adresse 18 Abbey Street, nous avons dîné dans le restaurant Knox’s Pub à la flamboyante devanture rouge. Nous rêvions de déguster un « Irish stew », spécialité irlandaise à base de ragoût d’agneau servi avec des pommes de terre et des carottes. Alexander Knox & Co a réalisé ce rêve ! Quel plat délicieux ! Si vous passez dans le coin, vraiment, goûtez à ce succulent Irish stew !

Et quel accueil formidable !

Les falaises de Moher (en anglais Cliffs of Moher, en irlandais Aillte an Mhothair, « falaises des ruines ») sont des ensembles de falaises situées sur la commune de Liscannor au sud-ouest du Burren dans le comté de Clare. (Wikipedia) Un site majestueux autant que vertigineux. A ne manquer sous aucun prétexte si vous passez dans la région.

Piquant vers le sud, nous sommes arrivés dans la charmante ville côtière de Dingle.

Nous avons ensuite regagné la ville de Killarney pour la nuit.

Le lendemain, retour à Dublin pour la dernière journée. Le temps de déguster un succulent Fish & Chips, nous avons clôturé notre escapade irlandaise par la visite du Guinness Storehouse.

L’Irlande. Ce pays magnifique aux multiples facettes. Aux traditions extraordinaires. Ce peuple rayonnant, de bonne humeur, attentionné, merveilleusement accueillant. Une cuisine délicieusement raffinée, tout comme la bière et le whisky. Il reste tant de choses à découvrir. Nul doute que nous reviendrons sur cette terre inoubliable, retrouver ces formidables Irlandaises et Irlandais.

Oui, ce n’est qu’un « au revoir » !

Níl sé ach slán !

Et va Bene !