Catégorie : Histoire

  • L’Acadie et les Acadiens : ces Français d’Amérique des XIIe et XIIIe siècles

    signet_Il y a quelques années, de passage à Paris, je découvrais ce merveilleux endroit qu’est la Librairie du Québec. J’y trouvais un livre passionnant intitulé : « Acadie – La Guerre de Cent ans des Français d’Amérique aux Maritimes et en Louisiane – 1670-1769 », de Robert Sauvageau, professeur d’Histoire. Ce dernier avait constaté un vide quasi total dans les ouvrages historiques sur les exploits militaires des Acadiens. Il décida donc de combler cette lacune. Ce livre rend enfin justice à ces Français d’Amérique des XIIe et XIIIe siècles, dont les Français d’aujourd’hui connaissent à peine l’existence et ignorent l’héroïque histoire – peut-on lire en quatrième de couverture. Un ouvrage que je ne peux que vous conseiller.

    Livre

    S’il fallait résumer – très succinctement – cette Histoire, disons qu’en 1604 fut fondée une colonie française, appelée Acadie, peuplée principalement de personnes originaires de l’ouest de la France. Un peu plus d’un siècle plus tard, en 1713, les Britanniques se lancèrent à la conquête de l’Acadie et, entre 1755 et 1763, déportèrent une partie des Acadiens : le « Grand Dérangement ». Plus de la moitié des Acadiens trouveront la mort à cette période… Ce n’est que bien plus tard que les survivants redonnèrent vie aux traditions et à la culture acadienne. De nos jours, deux dangers menacent l’Acadie actuellement encore : l’anglicisation et un exode rural. Il existe quelques médias : Radio-Canada Acadie et L’Acadie Nouvelle, ainsi que le site http://www.capacadie.com.

    L’Acadie actuelle est une « Région culturelle » du Canada qui compte 500 000 habitants (recensement de 2009) et leur langue est le Français. Elle est répartie comme suit : le nord du comté de Victoria (Grand-Sault, Drummond), le comté de Madawaska, le comté de Restigouche, le comté de Gloucester, l’est du comté de Northumberland (Rogersville, Néguac, Baie-Sainte-Anne), le comté de Kent et le centre du comté de Westmorland (Beaubassin-Est, Cap-Pelé, Dieppe, Memramcook, Moncton et Shédiac) ; il y a également des minorités significatives à Fredericton, Minto, Miramichi, Nackawic et Saint-Jean. D’autres minorités moins fortes sont présentes en Nouvelle-Ecosse.

    Précisons que l’édition 2012 du célèbre Festival Interceltique de Lorient était intitulée « l’Année de l’Acadie ». Le Pdf du programme de cette manifestation est disponible en ligne. Parmi les nombreux artistes Acadiens présents, une mention spéciale pour la charmante Louise Vautour et son violon endiablé :

    (suite…)

  • Eïdeh noroozetan mobarak !

    Eïdeh noroozetan mobarak !

    Au-delà de l’image que l’on garde, inconsciemment ou non, de l’Iran – en raison, entre autres, des Mollahs, de la répression dont la population souffre tant, du régime théocratique extrémiste, des bassidjis (force d’intervention populaire rapide bénéficiant actuellement d’un plein pouvoir sur le plan sécuritaire du pays afin d’empêcher «toute démonstration anti-théocratique»), ou des comportements d’Ahmadinejad – souvenons-nous seulement que malgré l’avènement de la République islamique, événement au demeurant extrêmement récent au regard de son Histoire pluri-millénaire, le peuple Perse est héritier et dépositaire d’une très riche et très belle Tradition.

    Dans cette Tradition, nous trouvons une fête importante qui est pratiquée depuis près de sept mille ans, dont les origines spirituelles plongent leurs racines jusqu’aux époques mazdéenne et zoroastrienne. Il s’agit de la fête de Nowrooz, qui commence cette année le 20 mars à 14h00.

    norouz1389

    Célébrée à l’occasion du renouveau du printemps, autour du 21 mars, la fête de Nowrooz est liée au culte du feu, de la lumière. Cette année, en Iran, la veille de Nowrooz sera le mardi soir 19 mars (merci, Azin !) et durera treize jours. Elle est également célébrée dans de nombreux pays, en dehors de l’Iran, qui ont été influencés par l’Empire perse. Sur le site remarquable iran-resist.org, il est donné cette explication :

    « Sept petits bûchers sont installés ça et là, fait de bois secs, sarments et autres petits buissons du désert. Il en faut au moins un par foyer, le feu y est mis et alors chaque personne doit sauter au moins une fois par-dessus en criant :

    Sorkhi é to az man, zardi é man az to

    Ce qui signifie littéralement ton rouge pour moi et mon jaune à toi. Si la formulation paraît étrange, elle a pourtant un sens qui mérite une explication. On demande au feu (divin) et symbole du soleil qui va à nouveau briller tout le temps jusqu’à l’hiver prochain de donner à celui qui saute sa rougeur, sa vivacité, sa pétulance et dans l’autre sens de reprendre le jaune symbole des maladies, des fatigues et des peines. »

    On peut aisément se douter que les mollahs ne voient pas d’un bon oeil (c’est un euphémisme) cette fête particulière. Mais aujourd’hui encore, le peuple Iranien reste très attaché à cette célébration, comme à la Tradition qui s’y rattache.

    voeux iraniens

    Comment ne pas évoquer ici le très beau film « La Fête du Feu » (Chaharshanbe Suri), réalisé par Asghar Farhadi (2007), avec, entre autres, l’actrice formidable Taraneh Allidousti, et dont l’action se situe avant l’arrivée de la fête de Nowrooz : « Ce mardi est « Chahar shanbeh souri », une fête du feu plurimillénaire. Rouhi, une jeune aide-ménagère qui vit un bonheur complet et va bientôt se marier, est employée pour la journée chez un jeune couple. Elle découvre un foyer en pleine crise, dont la femme soupçonne son mari de la tromper avec une voisine« …

    La-Fête-du-feu-affiche

    Dans cette fête nous trouvons également les Haft Sîn (« Les Sept ‘S’ ») qui consiste à dresser une jolie table et d’y disposer sept objets particuliers, représentant les sept créations et les sept immortels. Par exemple, nous pouvons y trouver :

    – Sabzeh (germes de blé ou autre, symbolisant la renaissance)
    – Samanu (une pâte très sucrée symbolisant l’abondance)
    – Senjed (le fruit séché du jujubier symbolisant l’amour)
    – Sîr (de l’ail symbolisant la médecine)
    – Sîb (des pommes, symbolisant beauté et bonne santé)
    – Somaq (des baies de sumac, pour la couleur du lever du soleil et santé)
    – Serkeh (du vinaigre, l’âge et la patience)
    – Sonbol (l’odorante fleur de jacinthe, pour l’arrivée du printemps)
    – Sekkeh (des pièces, symbolisant prospérité et santé).

    Peuvent y figurer également des oeufs ou un oeuf dur décoré, un oeuf symbolique, plutôt décoratif.

    L’un des personnages centraux de Nowrooz est Haji Pirûz qui rappelle le dieu sumérien Dumuzi, tué chaque année pour renaître au début de l’année. Mort et Renaissance. Tout un symbole, que nous avions déjà évoqué dans un article à propos du Seder, cette magnifique célébration de la Tradition juive, Pessah, qui relate la sortie d’Egypte des Hébreux.

    Or il est étonnant de comparer la table des Haft Sîn et celle du Seder, dont le plateau comporte les sept éléments suivants :

    – Trois Matsoth (du pain azyme, disposées l’une au-dessus de l’autre) ;
    – Le Karpass (des herbes vertes : céleri, persil) ;
    – De l’eau salée (qui rappelle le goût des larmes des enfants d’Israël pendant l’esclavage) ;
    – Le Maror (des herbes amères symbolisant l’amertume de la vie en Égypte : romaine, laitue, endives, raifort) ;
    – Le ‘Harosseth (un mélange fait à base de dates, noix, pommes, amandes et cannelle avec du vin, symbole du mortier utilisé par les esclaves hébreux pour la fabrication des briques) ;
    – Zerowa’ (un os, pour le sacrifice de l’agneau pascal à l’époque du Temple de Jérusalem) ;
    – Bëtsa (un œuf dur, en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem).

    Haft Sin et Seder

    Dans le détail, les choses diffèrent, certes, mais, on le voit, des liens restent visibles. Ce sont ces liens qui, bien que ténus, peuvent laisser envisager que sans doute les traditions se rejoignent dans des origines lointaines, dans une Tradition originelle qui nous ferait simplement comprendre que – quelles que soient nos différences – nous sommes tous frères. « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis », écrivait, d’ailleurs, Antoine de Saint Exupéry. Le même qui précisait :  « On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux »…

    Quoi qu’il en soit, et si ensemble nous devions célébrer la renaissance de la Nature, le retour du Printemps, la victoire de la Lumière sur les ténèbres, nous dirions d’une seule voix, d’un seul coeur : « Eïdeh noroozetan mobarak ! » (du 20 mars au premier avril 2013), « Rag Pessa’h Samea’h ! » (le 26 mars au premier avril 2013), « Bonnes fêtes de Pâques ! » (le dimanche 31 mars 2013 et, le lendemain, le lundi de Pâque – premier avril 2013)… Qu’il est beau de voir que tout le monde se rejoint le premier avril pour finir en même temps les trois fêtes. Beau symbole…

    (Je dédicace cet article à Azin ! Salam doostam !)

     Liens :

    http://www.iran-resist.org/article1760.html
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Norouz
    http://iran.blog.lemonde.fr/

  • De la fleur à la parole

    Amandier

    Depuis quelques semaines, semblant sortir d’une torpeur hivernale bien trop longue, des milliers de ces petites fleurs d’un blanc immaculé ont garni les branches des amandiers. Premiers signes d’un renouveau tant espéré.

    Mais qui se douterait que dans un vieux texte qui plonge ses racines jusqu’à la Mésopotamie, l’amandier est présent ? Ce récit s’intitule « Histoire et Sagesse d’Ahiqar l’Assyrien ». En marge du texte – véritable roman d’aventure avec ses intrigues, traîtrises, suspens et personnages hauts en couleur – et dont plusieurs versions ont été découvertes, nous trouvons deux séries de maximes de sagesse. Parmi ces maximes, voici ce que nous rapporte la version syriaque :

    « Mon fils, ne te hâte pas de répondre et ne mets pas de jactance dans tes réponses et tes discours, comme l’amandier qui pousse des feuilles et verdoie avant tous les arbres et ne donne ses fruits qu’après tous les autres ; sois comme l’arbre agréable, admirable, doux et plein de saveur, comme le figuier qui incline ses branches, verdoie et pousse des feuilles à la fin, bien que son fruit soit mangé avant tout autre ». (Maxime 10)

    Le même récit a été emprunté dans les Mille et Une Nuits ; nous le retrouvons sous le titre « Sinkarib et ses deux Vizirs ». Et voici ce qu’une autre maxime de sagesse nous livre :

    « L’amandier est de tous les arbres le premier qui se couvre de fleurs, et le dernier qui donne du fruit. Imitez le mûrier, il donne le sien avant la feuille ».

    De la parole aux actes. La personnification concerne la durée qui sépare la floraison (février) et l’apparition du fruit (jusqu’à octobre). Ce temps qui, transposé à la prise de parole, nous met en garde de ne pas répondre avec précipitation sans pour autant tomber dans une attitude arrogante d’une personne imbue d’elle-même, qui cherche à se faire valoir par un ton et des propos suffisants. (Heureusement, il y a le figuier ou le mûrier !)…

    Enfin, le nom hébreu de l’amandier est « shaked », qui signifie “attentif”, “vigilant”.

    Sachant que le fruit de cet arbre est tout de même connu depuis le Paléolithique Supérieur et que l’arbre est cultivé depuis plus de 5 000 ans en Iran, il n’est donc pas étonnant de voir combien il a su faire parler de lui…

    La branche d’amandier

    De l’amandier tige fleurie,
    Symbole, hélas! de la beauté,
    Comme toi, la fleur de la vie
    Fleurit et tombe avant l’été.

    Qu’on la néglige ou qu’on la cueille,
    De nos fronts, des mains de l’Amour,
    Elle s’échappe feuille à feuille,
    Comme nos plaisirs jour à jour!

    Savourons ces courtes délices;
    Disputons-les même au zéphyr,
    Epuisons les riants calices
    De ces parfums qui vont mourir.

    Souvent la beauté fugitive
    Ressemble à la fleur du matin,
    Qui, du front glacé du convive,
    Tombe avant l’heure du festin.

    Un jour tombe, un autre se lève;
    Le printemps va s’évanouir;
    Chaque fleur que le vent enlève
    Nous dit : Hâtez-vous de jouir.

    Et, puisqu’il faut qu’elles périssent,
    Qu’elles périssent sans retour!
    Que ces roses ne se flétrissent
    Que sous les lèvres de l’amour!

    Alphonse de Lamartine, Nouvelles méditations poétiques

  • Cinquante ans…

    50ans

    Heute werden in Berlin die Feierlichkeiten zum 50. Jahrestag des Elysée Vertrages und seiner Errungenschaften begangen.

    Aujourd’hui, click nous sommes ensemble à Berlin pour célébrer les 50 ans du Traité de l’Elysée et ses acquis.

  • 50. Jahrestag des Elysée-Vertrags

    22. Januar 1963 – 22. Januar 2013: Heute feiern wir den 50. Jahrestag des Elysée-Vertrags.

    22 janvier 1963 – 22 janvier 2013 : Aujourd’hui célébrons le Cinquantenaire du Traité de l’Elysée.

    Die Briefmarke wurde von der elsässische Künstler Tomi Ungerer erstellt.
                 Le timbre de commémoration créé par l’artiste alsacien Tomi Ungerer.

    Dieser 22. Januar 1963 wurde die gemeinsame Erklärung der Präsidenten der Französisch Republik und der Bundeskanzler der Bundesrepublik Deutschland statt. Die Zusammenarbeit zwischen den beiden Ländern wurde geplant.

    Ce 22 janvier 1963 eut lieu la déclaration commune du Président de la République française et du Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne. La coopération entre les deux pays prenait son envol.

    Sur le site de la Fondation Entente Franco-Allemande figurent ces mots :

    « Die deutsch-französische Zusammenarbeit ist zunächst ein mutiger, weltweit beispielloser Schritt,der eine friedvolle wirtschaftliche und menschliche Kooperation ermöglicht hat. »

    « La coopération franco-allemande est d’abord un acte courageux historique sans exemple dans le monde, qui a conduit à la paix et à la coopération humaine et économique. »

    Eine emblematische Vertreter der deutsch-französischen Beziehungen: Barbara. In seiner Kindheit hatte Barbara sich zu verstecken in Vernichtungslager zu entkommen. Sie wurde im Juli 1964 in Deutschland eingeladen, in ein Theater der Universitätsstadt Göttingen. Barbara ging, wenig begeistert. Und bevor der Empfang gebucht wurde, der Künstler seinen Aufenthalt verlängert und schrieb ein Genuss dieses schöne Lied. Im Jahr 1967 schrieb sie in der deutschen Version von diesem Song.

    Une représentante emblématique de ce lien franco-allemand : Barbara. Celle qui dut se cacher dans son enfance afin d’échapper à l’extermination, fut invitée en juillet 1964 en Allemagne, dans un théâtre de la ville universitaire de Göttingen. Barbara, peu enchantée, s’y rendit. Et devant l’accueil qui fut réservé, l’artiste prolongea son séjour et écrivit sur place d’une traite cette magnifique chanson. En 1967, elle en écrivit la version allemande.

    http://youtu.be/jkwaT2mLrtA

     

    Sehr geehrte deutsche Besucher meines Blogs,
    ich gebe Ihnen meinen aufrichtigsten Freundschaft !

     

     

    Compléments :

    Le Portail de la coopération franco-allemande

    La Fondation Entente Franco-Allemande

    Le déplacement du Président de la République pour le cinquantième anniversaire du Traité de l’Elysée

    Les paroles de la chanson de Barbara Göttingen (version bilingue)

     

  • Au paradis éternel des trotteurs…

    Sa robe était de couleur alezan brûlé. Il naquit le 7 avril 1980 au haras de Saint-Georges, dans l’Eure. Il restera tout simplement le plus grand, le meilleur trotteur de l’Histoire. J’ai nommé Ourasi. A partir de 1985 commença réellement sa brillante carrière. En 1986, il connut vingt-deux victoires ininterrompues. A quatre reprises, ce champion remporta le fameux Prix d’Amérique. A la quatrième victoire de ce Prix, Ourasi était âgé de près de neuf ans. C’était en 1990.

    Le champion avait commencé par la suite une carrière d’étalon au haras d’Aunou-le-Faucon dans l’Orne. Il était retraité depuis 1990 au Haras de Gruchy dans le Calvados.

    Ourasi est parti au paradis éternel des trotteurs aujourd’hui, le 12 janvier 2012.

    On l’appelait « le Roi Fainéant ».

    Pierre Lamy, le directeur du haras qui accueillait le cheval depuis fin 1990 a dit : « C’est un sale jour. Il est mort à 11H00 et a été enterré aussitôt. Il ne mangeait plus depuis quatre jours, ne se couchait plus car il craignait de ne pas pouvoir se relever. Cela faisait plusieurs jours qu’on reculait, qu’on reculait, la décision n’a pas été facile à prendre mais il souffrait et c’était la fin. On a été obligés de l’aider. C’est très, très dur ».
                                                                                               (Source : Equipe.fr – Avec AFP)

    Salut l’Artiste !

  • Histoire de presque rien…

    Johannes Kepler

    « A l’honorable Conseiller à la cour de sa majesté impériale, le seigneur Matthäus Wacker von Wackenfels, chevalier et patron des écrivains et philosophes, mon maître et mécène,

    De la part de son ami Johannes Kepler, mathématicien impérial de la cour, à Prague, auprès de Rudolf II, empereur du Saint Empire Romain, roi de Bohème et de Hongrie. […]

    Je sais à quel point vous appréciez le Rien.

    Et donc je peux facilement dire qu’un cadeau vous fera d’autant plus plaisir qu’il se rapprochera de Rien.

    Le cadeau qui vous fera plaisir devra donc être à la fois petit et insignifiant, peu couteux et éphémère, c’est à dire presque Rien. Et comme il y a de nombreuses choses qui partagent cette caractéristique dans le royaume de la nature, il me faut faire un choix parmi elles. […]

    Alors que je considérais avec anxiété ces sujets, je traversais un pont – mortifié par mon impolitesse d’apparaître devant vous sans cadeau de Nouvel An – sauf peut-être (pour continuer sur le même ton) celui que je veux toujours vous apporter, c’est à dire Rien.

    Et je ne parvenais pas à penser à quelque chose qui, tout en étant proche de Rien, pourrait pourtant être aussi l’occasion d’une réflexion subtile.

    A ce moment précis, par un fait heureux, une partie de la vapeur dans l’air a été assemblée en neige par la force de ce froid, et quelques flocons épars sont tombés sur mon manteau, tous hexagonaux, avec des branches duveteuses.

    Par Hercule !

    Ici, il y avait quelque chose de plus petit qu’une goutte, et qui pourtant avait une forme.

    Ici, en effet, il y avait un cadeau de Nouvel An des plus désirables pour l’amoureux du Rien – un cadeau digne d’un mathématicien, puisqu’il descend du ciel et ressemble à une étoile. Un flocon de neige.

    Kepler rappelle à son protecteur qu’en latin la neige se dit « Nix » et qu’en allemand, qui est sa langue, « Nichts » signifie « Rien ».

     Johannes Kepler. Strena seu de nive sexangula (Etrennes ou la neige hexagonale).

    Extrait retranscrit de l’émission « SUR LES ÉPAULES DE DARWIN » par Jean Claude AMEISEN rediffusée le samedi 29 décembre 2012 de 11h00 à 12h00 (France Inter). 

     

  • Hommage à Louis Aragon

    A l’occasion du trentième anniversaire de la mort d’Aragon (né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris), voici sans doute l’un des plus beaux textes qui soit ; l’un de ceux que l’on rêverait d’adresser à celle que l’on aime…


     Les Yeux d’Elsa


    Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire 
    J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
    S’y jeter à mourir tous les désespérés
    Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

    À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
    Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
    L’été taille la nue au tablier des anges
    Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

    Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
    Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
    Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
    Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

    Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
    Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
    Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
    L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

    Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
    Par où se reproduit le miracle des Rois
    Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
    Le manteau de Marie accroché dans la crèche

    Une bouche suffit au mois de Mai des mots
    Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
    Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
    Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

    L’enfant accaparé par les belles images
    Écarquille les siens moins démesurément
    Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
    On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

    Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
    Des insectes défont leurs amours violentes
    Je suis pris au filet des étoiles filantes
    Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

    J’ai retiré ce radium de la pechblende
    Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
    Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
    Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

    Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
    Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
    Moi je voyais briller au-dessus de la mer
    Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa 

    Louis Aragon, Les Yeux d’Elsa, 1942

     

  • De l’enfant abîmé à l’adulte réussi…

    Dans « le Nouvel Observateur » du 27 septembre, des extraits exclusifs du livre de Boris Cyrulnik, « Sauve-toi, la vie t’appelle ».

    (…) De l’enfant abîmé à l’adulte réussi…

    Depuis trente ans, à travers une vingtaine d’ouvrages, liant recherche fondamentale et expérience clinique, Boris Cyrulnik n’a cessé d’explorer cette notion complexe de « résilience », inventée par la psychologue américaine Emmy Werner, qu’il a été le premier en France à développer et à vulgariser. Résilience?? La capacité de l’être humain, s’il est bien entouré, à reprendre un développement « sain » après avoir été en état d’agonie psychique. Ou comment, à quelles conditions, un enfant abîmé peut-il devenir un adulte réussi?? Ce prodige-là, l’humanité en est capable. Ce n’est pas le moindre mérite de Boris Cyrulnik que de nous le rappeler ici. Et c’est en quoi son histoire, tragiquement exceptionnelle, touche à l’universel. (…) 

    Un dossier extraordinaire à lire dans le Nouvel Obs du 27 septembre :

    http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20120925.OBS3481/les-lecons-de-vie-de-boris-cyrulnik.html

    Un livre à ne pas manquer…

    http://www.amazon.fr/Sauve-toi-vie-tappelle-Boris-Cyrulnik/dp/2738128629

  • Une pure horreur

    1942 – 2012 : 70 ans.

    1942 : une année noire pour l’extermination des Juifs d’Europe.

    Quelle cérémonie poignante, aujourd’hui, à la synagogue de la Victoire, à Paris. Les mots avaient une telle puissance. Les larmes versées une telle force.

    Le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim a dit : « 70 ans après la Shoah (…), l’antisémitisme renaît un peu partout de ses cendres »…

    « Le premier meurtre d’enfants juifs depuis la Shoah a été perpétré cette année à Toulouse. Nous venons de vivre un tournant grave » a rappelé le Président du Consistoire central israélite de France, Joël Mergui.

    Cérémonie particulière, aussi, car, fin juillet 1942 – soit une quinzaine de jours après l’effroyable événement de la rafle du Vélodrome d’Hiver – cette synagogue de la Victoire avait été vandalisée et profanée par des membres du « parti populaire français »…

    (suite…)

  • Munich 72, quarante ans déjà…

    Les Jeux Olympiques de Munich avaient commencé depuis une semaine, ce 5 septembre 1972. A quatre heures du matin, huit hommes armés s’infiltrent dans le village olympique. Ils gagnent le bloc 31 où dort la délégation israélienne et pénètrent en force dans les appartements.

    Plus jamais ça…

    Les Valeurs olympiques sont là pour nous aider dans cette démarche :

    Les cinq anneaux représentent les cinq continents. Ils sont entrelacés pour indiquer l’universalité de l’Olympisme et la rencontre des athlètes du monde entier au moment des Jeux Olympiques. Pierre de Coubertin en disait :

    «Le drapeau olympique, […], est tout blanc avec, au centre, cinq anneaux enlacés : bleu, jaune, noir, vert, rouge ; […]. Ainsi dessiné, il est symbolique; il représente les cinq parties du monde unies par l’Olympisme et ses six couleurs d’autre part reproduisent celles de tous les drapeaux nationaux qui flottent à travers l’univers de nos jours.» (Coubertin 1931: Textes choisis II, p.470).

    Une devise :

    Citius Altius Fortius (Plus vite, plus haut, plus fort)

    Une maxime :

    L’important dans la vie n’est pas de vaincre mais de lutter.
    L’essentiel n’est pas d’avoir gagné mais de s’être bien battu.

     Excellence, Amitié, Respect.

    Le passé éclaire le présent et l’avenir. Nous n’oubions pas. Mais que nos regards se tournent à présent vers ces valeurs universelles, véritables îlots de Lumière dans notre monde moderne.

  • François HOLLANDE Commémoration du Vel’ d’hiv

     

    « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français. (…) La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ».

     

    Merci…

  • Le Vél’ d’Hiv’

    Il y a soixante-dix ans –  Déportation de plus de 13.000 Juifs arrêtés à Paris par la police française.

    Aux 50 % des moins de 35 ans, qui devraient méditer cette parole : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » (Winston Churchill)….

    http://www.youtube.com/watch?v=klT_t3mLAU0

    (Extrait du film « Elle s’appelait Sarah » 
    UGC Distribution – 13 octobre 2010)

  • La vie gagnera toujours…

    http://www.youtube.com/watch?v=nCHMCvjvT3U

  • Un petit tour (en images)…

    Souvenir d’un dernier petit voyage à Paris via l’Auvergne…

    (suite…)