Connaissez-vous la « rue du 22 novembre », à Strasbourg ?

Combien de plaques, indiquant des noms de rues avec des dates, croisons-nous dans nos villes ? Il en est une qui ne quittera jamais ma mémoire. Celle qui se trouve à Strasbourg, ville si chère à mon cœur. Je veux parler de la « rue du 22 novembre ».

Celle-ci célèbre la Libération de Strasbourg, en 1918, réalisée par la Quatrième Armée française menée par le général Henri Gouraud. Les troupes arrivèrent par cette rue, appelée à l’époque Neue Strasse « rue Neuve ». Les fenêtres de toutes les maisons étaient décorées de drapeaux tricolores. Une liesse indescriptible avait gagné la population. Rendez-vous compte : depuis près d’un demi-siècle, quarante-huit ans précisément, l’Alsace fut allemande. Capitale du Reichsland Elsass-Lothringen (Alsace-Lorraine). (1)

Poincaré et Clémenceau avaient été accueillis en Alsace et en Lorraine début décembre pour préparer le retour de ces terres à la France – retour qui fut acté dans le traité de Versailles. L’Alsace et la Lorraine redevinrent françaises, tout en conservant un régime juridique particulier (que l’on appelle le Droit Local) et ce territoire fut partagé en trois départements : la Moselle, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. 

En 1919, la Rue Neuve fut rebaptisée « Rue du 22 novembre », en mémoire de ce haut fait. 

Il s’en fallut de très peu pour qu’en 1944, cette fois, la ville de Strasbourg ne fût libérée à nouveau un 22 novembre. Cette libération a eu lieu le 23 novembre 1944. En voici un petit rappel :

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, près de six mois après le Débarquement des Alliés en Normandie, la Deuxième Division Blindée, commandée par le général Philippe Leclerc, pénétra dans la ville. En premier lieu, le Sixième Corps d’armée Américain fût chargé de cette opération. Mais il n’était pas prêt à ce moment. Le général Leclerc reçut donc l’ordre d’aller libérer Strasbourg. 

C’est ainsi qu’à 7 h 00, le 23 novembre 1944, la 2DB de Leclerc se mit en marche vers Strasbourg, en cinq colonnes. Des Maquisards alsaciens servaient de guides. Rencontrant différentes poches de résistance, les hommes de la 2DB purent compter sur la connaissance parfaite du terrain des FFI alsaciens qui les sortirent des difficultés et permirent aux libérateurs de faire leur entrée dans Strasbourg. (2) Une partie de la 2DB poursuivit jusqu’au Pont de Kehl, tandis que les autres colonnes fondirent sur la ville.

Notre rue du 22 novembre s’appelait à cette époque — depuis 1940 précisément — « Strasse des 19. Juni », rue du 19 juin (en référence à l’arrivée des troupes allemandes dans Strasbourg).

À Strasbourg, personne ne semblait s’y attendre. Ni les Français, ni les Allemands. Les chars dévalèrent les rues, tandis que certains de ces derniers parvinrent à s’enfuir en Allemagne (profitant de la frontière relativement proche). 

Un Allemand se promenait à cheval, dans les rues de Strasbourg, comme chaque matin depuis si longtemps. Il appréciait le calme de ce moment de la journée, lorsque tout paraissait encore endormi, apaisé. Instant bucolique. Tout à coup, il se retrouva, en un clin d’œil, entouré de cinq chars Sherman assourdissants. Le cavalier eut du mal à maîtriser sa monture, effrayée par ce vacarme soudain. L’Allemand mit finalement, non sans mal, pied à terre. Autant subjugué que son animal, il sera arrêté sur le champ. Les hommes de la 2DB venaient de capturer rien de moins que le chef d’état-major du général Vaterrodt, commandant la place de Strasbourg !

Le drapeau de la France flottera sur la Cathédrale de Strasbourg à 14 h 20. « Le 23 novembre 1944 à 14 h 20, Emilienne Lorentz, tient, avec son mari, une boucherie place Saint-Etienne. Elle coud à la demande des soldats, un drapeau dans un morceau de drap blanc partiellement teint en bleu de méthylène et y ajoute un bout de l’étendard nazi rouge. Ce drapeau improvisé est ensuite hissé au sommet de la cathédrale par Maurice Lebrun, pilote de char du 1er Régiment de Marche des Spahis Marocains. Le général Leclerc et ses hommes de la 2e DB venaient de réaliser le serment qu’ils avaient prêté à Koufra, en mars 1941. » (3) Pour mémoire, le serment prononcé après la bataille de Koufra du 2 mars 1941 disait : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Tel fut le serment que prêta le colonel Leclerc avec ses hommes et qui restera dans la postérité comme étant le « serment de Koufra ».

Mais la tranquillité ne revint pas pour autant, dans les rues et les environs. Des milliers d’Allemands capturés plus tard, l’ancien maire Charles Frey reprit ses fonctions le 27 novembre et le général de Gaulle avait nommé Charles Blondel commissaire de la République ainsi que Gaston Haellig, préfet. 

Mais ce ne fut qu’en janvier 1945 que la ville retrouva un certain calme, qui sera parfois troublé par des tirs d’artillerie qui se prolongeront jusqu’en mai 1945…

Revenons un instant en 1910. La rue du 22 novembre telle que nous la connaissons n’existait pas encore. Car de nombreuses maisons alsaciennes, en tous points semblables à celles que l’on peut admirer de nos jours dans le charmant quartier de la Petite France, se trouvaient à cet endroit. En 1910, donc, fut réalisée une « grande percée », faisant peu cas des demeures pittoresques, qui furent détruites, pour des motifs liés à la sécurité et à la propreté, avait-on dit, en ce temps-là. Les habitants furent relogés dans un quartier différent.


C’est ainsi qu’une petite plaque indiquant la dénomination d’une rue peut nous projeter dans les courants d’une Histoire qui démontre combien l’Alsace a été ballottée au gré des soubresauts internationaux. Devenue aujourd’hui capitale de l’Europe, elle a su traverser les époques, parfois théâtre de drames terribles, parfois exprimant une joie à nulle autre pareille. Et l’on comprend, avec un tel passé, combien personne ne peut tenter de gommer la dimension réelle de cette région, comme ce fut le cas avec la création malheureuse du vocable « Grand Est », sans grand relief, aseptisé, d’où le nom « Alsace » n’apparaissait même plus. 

Des voix s’étaient alors élevées. Des crêpes noirs surgirent sur de nombreux panneaux de villes et villages alsaciens. Des autocollants « Alsace » furent apposés en masse sur l’emplacement « Grand Est » des plaques d’immatriculation (il n’y a pas de petite révolte) ;o). Et l’on put compter sur l’opiniâtreté des Alsaciens qui obtinrent qu’en 2021 soit créée la Collectivité européenne d’Alsace, qui restera néanmoins dans la région Grand Est. 

Mais ceci sera une autre histoire. Une histoire nouvelle pour notre belle Alsace qui poursuit sa route vers une destinée inédite, et dont les racines plongent en l’an 740. A cette époque, le terme en langue romane « Alisatia » désignait un duché mérovingien éphémère – situé dans le nord de l’Alsace actuelle – qui, bien que dissous par Charles Martel, était déjà devenu une principauté puissante. Déjà… 


Prenez bien soin de vous, amies lectrices et amis lecteurs.

Notes :

(1) Strasbourg Magazine numéro 197. 

(2) « La Lettre de la Fondation de la Résistance » n° 85, juin 2016, p. IV. Téléchargement.

(3) Site des Musées de Strasbourg (consulté le 22 novembre 2020).

Visites estivales

Ou l’Alsace comme on ne l’avait jamais vue…

Enfin la trêve estivale est arrivée avec le mois d’août tant espéré.

Pour démarrer en douceur – été oblige – le premier jour nous avons visité Obernai, ville si belle, si vivante, si alsacienne !… 

La place centrale de la ville.
Cité toujours vivante, ouverte aux visiteurs.

Le jour suivants nous avons visité Mutzig, d’où est originaire une partie de ma famille, avant d’assister, le soir venu, à une dégustation organisée par Odile Schollaert, gérante de « L’Italie dans un verre » (https://vinsitaliens.jimdo.com/), un moment de qualité, tant sur le plan gustatif qu’humain. Molto Bene !

Un autre soir, nous avons également dégusté de succulentes tartes flambées au restaurant Le Marronnier (https://www.restaurantlemarronnier.fr/), à Stutzheim, dans un magifique cadre boisé.


Après le Bas-Rhin, entrons dans le Haut-Rhin. Le lendemain notre visite fut consacrée au magnifique village de Riquewihr. Son climat particulier a rendu possible la culture de la vigne.

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Voyage d’hiver

 

29 décembre. La fin des vacances et de l’année approche. Le moment de rentrer également. Sur la route, vers l’aéroport, et depuis ce matin, le blanc domine. Il n’a pas neigé, mais ces derniers jours, un froid certain s’est installé. Ainsi, tous les paysages, l’horizon, chaque arbre, chaque buisson, chaque toit, tout est blanc ; dehors, le givre règne en maître incontesté. D’ici bas regardant vers là-haut, rien. Le ciel, très bas, forme une masse opaque, les nuages épais tellement compressés ne laissent rien passer. Là, nous devinons le soleil, mais sans plus. Sa lumière nous rappelle seulement qu’il est bien présent.

 

L’avion prend de la vitesse. Nous sommes, durant un bref instant, collés au siège, avant de quitter la terre. Par le hublot, j’observe que cette dernière s’éloigne rapidement. Vers ce plafond blanchâtre. En moins de temps qu’il ne faut à le dire, la magie se produit. Notre aéroplane traverse vaillamment la masse cotonneuse compacte pour offrir à notre vue ébahie cette voûte bleutée et lumineuse d’une beauté indescriptible.

Rien n’est visible à terre ; le ciel traversé bouche à présent nos regards du haut vers le bas. Quelques minutes après toutefois, cette pellicule hivernale s’affaiblit. Plus tard encore, de nombreuses ouvertures laissent entrevoir le sol. Enfin. Puis les nuages disparaissent. De là-haut, quelle belle vision que ce sol montagneux, aux courbes arrondies régulières, sombre camaïeu de marron variant selon les rayons du soleil.

Le bleu profond de la mer annonce la fin proche du voyage. La Méditerranée ! Les îles du Frioul ! Là-bas le Château d’If ! Edmond Dantès. Peu après, grand virage à gauche, droit vers les terres. Perte d’altitude progressive. Le sol devient de plus en plus visible. Puis tout s’emballe. La descente. Toujours. Soudain la piste ! Atterrissage imminent. Attention à l’impact ! Impeccable.

Nous roulons à présent. Freinage. Fin du voyage.

La vie peut reprendre son cours.

 

Bonum vinum laetificat cor hominis

Très bel article dans le dernier Libé week-End (2-3 mai) sur les caves des Hospices civils de Strasbourg. Outre le plus vieux vin (blanc) du monde datant de 1472, l’Histoire semble accompagner chaque litre reposant dans cette cave extraordinaire.

HCS

En matière de vins, nous connaissions les Hospices de Beaune, construites de 1443 à 1457, ou plus précisément, leur cave (qui ne se souvient pas de cette scène en ces lieux, dans la « Grande Vadrouille » ? :o) Là-bas, c’est le Bourgogne qui est à l’honneur. « Une ancienne cave à vin voûtée médiévale de plus de 300 mètres est construite sous les Hospices de Beaune. La réserve particulière de vin des Hospices y est conservée. Cette cave est ouverte à la visite publique uniquement durant la vente des hospices de Beaune », précise Wikipédia.Continue reading « Bonum vinum laetificat cor hominis »

Dix jours…

La fin de l’année, et les fêtes qui vont avec, sont souvent l’occasion de pouvoir nous retrouver en famille. Ne souhaitant pas rompre avec la tradition, les congés venus, direction vers mon Alsace natale.

Avant cela, j’ai dû me rendre à l’évidence : après une rapide comparaison, le trajet en voiture revenait plus de deux fois plus cher que le même trajet en avion. Ajoutons à cela la fatigue engendrée par la route, les conditions de circulation souvent délicates en cette période de l’année, surtout dans l’est, mon choix était fixé.Continue reading « Dix jours… »

Très bon Week-End de Pâques !

Un petit souvenir d’Alsace :

Le Lièvre de Pâques (Osterhas)

OsterhasDans l’Est de la France, en Alsace et en Moselle, c’est le Lièvre de Pâques, un lièvre blanc qui, pendant la nuit du samedi au dimanche, vient pondre les oeufs, à condition évidemment qu’on lui ait préparé un confortable nid d’herbe et de mousse, bien caché à l’abri des regards indiscrets dans un coin du jardin et agrémenté d’une jolie carotte bien fraîche ; mais, pour qu’il ponde des oeufs – ce qui n’est tout de même pas son habitude ! – il faut encore réussir à lui mettre quelques grains de sel sur la queue ; le nid sera alors garni de jolis oeufs gourmands et multicolores. (Source)

Au-delà de l’expression des religions, qui, somme toute, se rejoignent assurément – pour qui décide de déciller son regard – Pessa’h, qui symbolise la Sortie d’Egypte et, plus encore, le passage de l’esclavage à la liberté ; Pâques, qui célèbre la Résurrection du Christ, son passage de la Mort à la Vie, lui qui est sorti du tombeau vainqueur de la mort ; Nowrooz, la Fête du Feu, la victoire de cette Lumière nouvelle qui accompagne le printemps, après les ténèbres de l’hiver – tout n’est que « passages ». Mourir pour renaître. Quelle plus belle célébration que celle faite par celles et ceux qui – ayant pris conscience de leur finitude et leur petitesse insignifiante, au regard de l’immensité des astres et de l’univers – exprimaient ainsi leur espérance grandissante qu’accompagne cette Lumière, laquelle, de faible lueur hivernale, a su se régénérer pour vaincre les ténèbres et devenir cette grande Lumière. Mort et renaissance, thème qu’avaient déjà exprimé, plusieurs millénaires avant notre ère, les rédacteurs de la « Descente d’Inanna aux Enfers », récit venu de Sumer, suivant en cela les premiers mythes de l’Humanité du Proche-Orient ancien, des mythes agraires, qui traduisaient à leur manière ce Dieu qui meurt avec le grain à l’entrée de l’hiver pour renaître avec les moissons, à l’arrivée de l’été. Mais ça, c’est une autre histoire…

Bonnes fêtes de Pâques, Pâque et Nowrooz à toutes et à tous. Accueillons ensemble la Lumière nouvelle, qu’elle éclaire et accompagne nos plus belles espérances…

Vol de nuit

Mercredi 8 août le Cessna 172 s’est envolé dans le ciel couleur ardoise d’Alsace. Un petit tour vers le Mont Sainte Odile et puis retour. Quelle dimension ! Tant de lumières dans cette nuit noire… Merci encore sincèrement, Nathalie et Patrick !

http://www.youtube.com/watch?v=45xbH27KTYg

L’Alsace dans le Sud

Lorsque la ville de La Seyne sur Mer accueille pour quelque jours l’Alsace, la magie opère ! Il faut dire que les stands alsaciens sont arrivés mercredi dernier, dernier jour d’un déluge qui, depuis plusieurs semaines, a fait tant de dégâts dans la région. L’installation, mercredi, ne fut pas des plus simples – c’est un euphémisme ! – tant la pluie était diluvienne (ce qui a fait perdre une demi-journée en moyenne à tous les commerçants venus de si loin)… Mais quelle joie de retrouver dans le Parc de La Navale, à La Seyne, donc, ces stands hauts en couleurs, présentant tous les produits qui font la richesse de cette belle région de l’est. Et la culture aussi, avec, sur cette musique si typique, ces danses folkloriques commentées au micro par un spécialiste de la chose, devant un public nombreux dont l’intérêt se mélangeait à l’étonnement. Ah ! Les bretzels, ces confitures, et autres bredele (littéralement « petits gâteaux »). Et cette bière d’Alsace à la pression, cette choucroute, ces spaetzle (variété de pâtes alsaciennes) ! Sans oublier les kougelhopfs, les célèbres vins des vignobles alsaciens et l’eau de vie locale… Continue reading « L’Alsace dans le Sud »

Fort fort lointain…

Objets inanimés, avez-vous une âme ?…

Certains lieux n’en sont pas dépourvus. Tels ceux qui ont été vus et parcourus dans les premières années d’une vie. Ce fut le cas de cette ville d’Alsace : Mutzig, d’où rejaillirent certains de nos plus anciens souvenirs…Continue reading « Fort fort lointain… »